Article du journal La Montagne du lundi 21 juin 2010
Freddy Mulongo : la voix des sans voix s'est tue
En 2007, Freddy Mulongo fuit la République Démocratique du Congo. Journaliste, il préside l'Association des Radios communautaires du Congo (ARCO) qui en regroupe 230. Invité des Rencontres d'Albert Londres ce week-end, journaliste à Paris, pour l'Agence Africaine d'Information, il témoigne sur l'outil puissant qu'est une radio et les risques encourus quand on veut faire entendre une voix.
Question : Au Congo la radio serait le premier média ?
Réponse : C'est un pays immense qui connaît des problèmes de communication. La radio correspond le mieux à notre culture orale et jusqu'au fin fond du Congo, les habitants possèdent une radio.
Q : Après des études en France, vous revenez au Congo. Qu'est ce qui vous a incité à créer Réveil FM ?
R : J'ai vécu la libération des ondes en France et la liberté de ton m'a fasciné. J'ai travaillé dans des radios en France, et c'est là qu'est né le projet de Réveil FM. Il s'est concrétisé seulement en 1999, à Kinshasa, car on était alors sous la dictature de Mobutu. On s'est battu pour la libération des ondes. Car, ensuite, sous Laurent Désiré Kabila, la loi sur la liberté d'expression n'était toujours pas appliquée.
Q : Pourquoi ce nom de Réveil FM ?
R : Les Congolais s'étaient endormis, il fallait se réveiller et réveiller les consciences pour prendre en main notre destin. Réveil FM pratiquait l'info de proximité. Il s'agissait de donner la parole à la population sans distinction. Ce n'était pas la politique par le haut mais par le bas.
Q : Vous avez subi des pressions ?
R : On nous a empêchés d'émettre en novembre 1999 puis, en septembre 2000, un arrêté du gouvernement interrompt toute diffusion durant trois mois. On nous dit que nous sommes une radio subversive, rebelle. On n'a pas baissé les bras, on a signalé notre situation à différents réseaux d'information sur le plan international. On avait accueilli dans notre studio, à Kinshasa, Robert Ménard de Reporters Sans Frontières. On prenait des risques en lui ouvrant le micro. À plusieurs reprises, en 2004 et 2005, nous avons fait des journées radio silence pour dénoncer le non-respect des Droits de l'Homme.
Q : Être en résistance, jusqu'à quel point ?
R : On nous a évoqué des raisons farfelues pour nous empêcher d'émettre, comme celle de brouiller les ondes de l'aéroport international. On nous a fait taire de différentes manières : par des coupures intempestives d'électricité par exemple. Ce qui a fait notre force, c'était la solidarité entre les radios au sein de l'ARCO. On était en pleine période électorale. Je suis devenu clandestin dans mon propre pays. Je vivais caché, ne sortais que la nuit. J'étais traqué. Je recevais des menaces anonymes. Je suis entré dans une spirale où tu arrives à ne plus avoir confiance en ton entourage. En 2007, j'ai quitté le Congo, je suis parti comme on va au marché?
Q : Réveil FM s'est donc tu ?
R : Oui, mais nous continuons sur le Net. L'exil n'est pas facile mais il permet un réarmement moral. On ne tue pas l'espérance ! Quant à mon retour au Congo, les régimes tombent comme des fruits alors ?
Propos recueillis par Fabienne Faurie
Source : lamontagne.fr
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