Grand reporter : un engagement
Grands reporters, film de Gilles de Maistre a ouvert, hier, les 1res Rencontres Albert Londres. Ce documentaire fiction pour Arte a été tourné au Tchad, avec deux comédiens dans les rôles des reporters et des moyens techniques légers : une caméra, un preneur de son.
Lors du débat qui s'ensuivait, Gilles de Maistre, grand reporter, précisait son choix : « Le docu-fiction permet de franchir des portes fermées et de faire passer des messages avec des histoires simples. C'est le parcours initiatique d'un reporter. J'ai voulu raconter le ressenti, les émotions sur le terrain. Quand on débarque pour la première fois en Afrique, avec sa culture, on ne comprend rien à ce qui se passe. C'est plus possible au bout de vingt ans d'expériences et de terrain. »
La difficulté d'accès aux informations, les fausses pistes et, pour les reporters locaux en Afrique, les dangers encourus de celui qui veut raconter au monde ont été débattus. Laurent Bignolas rappelait notamment que deux journalistes français de France 3 Télévision étaient pris en otages depuis bientôt six mois en Afghanistan.
Lucie Umukundwa, Journaliste Rwandaise, exilée : « Le reporter c'est celui qui accepte de prendre des risques. Ce qui m'a poussé à faire ce métier, c'est ce que je voyais autour de moi. J'ai vécu le génocide, la première guerre au Congo, c'est ce qui m'a poussé à m'engager. On est plus exposé à l'insécurité que les journalistes étrangers car les gouvernements pensent qu'ils ne sauront pas ! »
Freddy Mulungo, journaliste au Congo : « En République démocratique du Congo, on n'a pas le droit de prendre des photos. On peut se retrouver en prison, être exilé ou mourir pour cela. On ne peut pas départager le fait d'être grand reporter et journaliste d'investigation. »
Rémy Ngono, journaliste Camerounais, exilé : « Mon père disait : "le coup de machette blesse, la langue tue". J'ai choisi cette deuxième arme. J'ai été arrêté, emprisonné, tabassé. Il n'y a pas de droits de l'Homme. Je suis devenu journaliste vagabond ; je faisais mes émissions par téléphone car je ne pouvais plus accéder à la radio. La plupart des journalistes africains exilés ont troqué leur micro et leur stylo pour être veilleur de nuit. Il faudrait créer ici, une radio, une télévision qui permettent aux journalistes réfugiés de s'exprimer, d'émettre vers leur pays à partir de la France. La seule liberté, c'est de toujours nous battre pour avoir la liberté ! »
Gilles de Maistre : « Le métier de grand reporter, c'est une volonté de raconter le monde tel qu'il est. En fonction du régime politique en place, c'est plus ou moins difficile. Quand on entend les témoignages de ces journalistes, quand on est confronté à une dictature, à un état violent, il faut des couilles !
Article de Fabienne Faurie
Source : lamontagne.fr